Petit
rappel : le premier chapitre met en valeur la croissance d'AMR après
qu'André-Marie ait quitté Renault.
Cette deuxième partie est dédiée à
la chute et au renouveau.
Le
1er août 1981, l'équipe AMR quitte Vélizy et la banlieue
Ouest de Paris pour s'installer à Grisy Suisnes, un charmant petit
village situé à l'Est de Paris, où le nouvel atelier
de 360m2 venait tout juste d'être terminé. Il était
conçu et organisé pour accueillir chaque étape de
la fabrication d'un kit, de la création du master à l'expédition
des produits finis. André-Marie Ruf continuait à croire
au métal blanc malgré la popularité croissante de
la résine. Mais il voulait se libérer de son principal cauchemar
: les sous-traitants, au premier rang desquels était le fondeur.
Le retard d'un sous-traitant se concrétisait régulièrement
par des ventes médiocres pour le modèle sorti bien après
celui des concurrents.
Revenons au déménagement. Tout le monde fêtait le
nouveau domaine d'AMR. Tout le monde ... sauf la superstitieuse Marie-Claude
qui pressentait un mauvais présage : il y avait treize personnes
au dîner fêtant la fin du déménagement. Habillez
les convives avec des toges, remplacez les enfants et les femmes par des
hommes, mettez une perruque à André-Marie pour dissimuler
sa calvitie et vous constaterez la troublante ressemblance avec un autre
funeste dîner vieux de 1981 ans. L'inquiétude de Marie-Claude
n'était pas vaine : la malédiction des Dieux des modèles
réduits était en marche, prête à freiner AMR
dans son extraordinaire succès.
Pendant que l'orage se concentre au dessus
du nouvel atelier, André-Marie débauche son ami Arthur Habéchian
rencontré chez Renault et ensemble, ils partent espionner les ateliers
de fonderie de Western Models et de Claudio Riva (Méri
Kits). Leur objectif était de découvrir les sombres secrets
cachés par ces magiciens. Car enfin, comment diable arrivaient-ils
à produire des modèles en faisant couler un mélange
bouillant de plomb et d'étain dans des crèpes de silicone
tournant sur elles-mêmes ? Et pourquoi ceux qui maîtrisent
cette technique ne sont plus comdamnés par l'église à
être rôtis comme des corn-flakes ce qui préserve leur
pouvoir de séduction sur les filles ?
De retour à Grisy-Suisnes avec les réponses à ces
questions, Arthur (qui a exercé jusqu'en 2003 sous le nom d'Habart
Moulages) s'habilla comme Mickey Mouse dans Fantasia et en écoutant
Paul Dukas en boucle commença à travailler. Mais pour atteindre
les critères de qualité d'AMR il fallait une sacrée
expérience. Et si l'apprenti sorcier moulait sans difficulté
les petites pièces et les carrosseries ouvertes, c'était
une autre histoire pour les carrosseries fermées. A l'ouverture
du moule, les coupés étaient devenus speedsters ... Notre
apprenti-sorcier découvrait que la qualité de la fonderie
dépendait de la température de fusion, de la pression de
fermeture du moule et de la vitesse de centrifugation. Seule l'expérience
sert de guide dans cet art qui relève plus de l'alchimie que de
la rigueur scientifique. Il fallait encore du temps pour trouver la formule
pour transformer des pièces en white-métal en modèle
monté en or.
Le tonneau des Danaïdes
Profitant de cet avantage, les Dieux des modèles réduits
lancèrent un boulon brulant sur l'équipe AMR en envoyant
à l'hopital pendant deux mois l'unique fournisseur capable de mouler
les carosseries. Il fut dès lors impossible de vendre quoi que
ce soit. Un trou apparût dans le compte en banque de la société.
Car l'investissement dans l'atelier et l'outillage avait nécessité
un gros prêt. Bizarrement, à partir de ce moment, le banquier
devint beaucoup moins compréhensif bien qu'accueilli avec un tapis
rouge et des danseuses hawaïennes. Au bout de trois mois, la production
reprit. Trop tard pour combler le découvert. Le trou financier
fut rapidement suffisamment grand pour contenir le grand Nord Est de la
France. Magali et Antony, les deux enfants d'André-Marie et de
Marie-Claude, remarquèrent alors que la viande se faisait de plus
en plus rare lors des repas. C'était pourtant l'époque où
les vaches ne se prenaient pas encore pour Napoléon ... (cf la
crise de la maladie de la vache folle - NDLR).
On pourrait s'étonner de constater que c'est dans ces années
que la production de modèles montés et de kits fut la plus
importante. L'explication est pourtant simple : André-Marie Ruf
cherchait par tous les moyens à récolter suffisamment d'argent
pour remettre la société à flots. Aussi, en plus
des séries montées par Jean-Paul Magnette, AMR produisit
des kits pour plusieurs magasins. Les kits BAM-X, essentiellement des
prototypes ayant couru aux 24 heures du Mans, furent fabriqués
pour la boutique Auto-Moto. Minichamps (Danahausen) commanda et commercialisa
notamment des Porsche 356 et 911. Et c'est à Annecy Miniatures
que revint toute la série des P4 et 412P. Des succès insuffisants
pour remonter la pente. Car les fabricants de kits résine sortaient
plus vite et moins chers les kits des autos du Mans. Alors AMR relança
en 1984 les séries de modèles montés "factory
built". Le fourgon Renault Martini et la California SWB ont été
les premiers. Disponibles en édition limitée et sur abonnement
ceux-ci eurent rapidement beaucoup de succès. A tel point qu'un
nouveau monteur dut être embauché. Celui qui s'approcha rapidement
du niveau de qualité de Jean-Paul Magnette s'appelle Thierry Pinel
(maintenant rangé des petites voitures - NDLR). Fou de pop anglaise
et partageant la même passion qu'André-Marie Ruf pour les
automobiles et l'humour sarcastique, celui qu'on surnommait "l'ours
toulonnais" commença sa carrière chez AMR en montant
l'édition limitée de la Vaillante
Le Mans 1961.
L'entente cordiale
En 1985, André-Marie Ruf s'associa avec Paul Gunther Lang, son
meilleur client de l'époque, pour créer AMR diffusion. Cette
"filiale" d'AMR commercialisait sous la marque Century des modèles
créés par André-Marie Ruf et montés en Allemagne
(Mustang, Alfa Roméo, Coccinelle, etc). L'idée était
de proposer des modèles en white métal à des prix
raisonnables, un peu dans l'esprit de ce que fait encore aujourd'hui Brooklin.
Malheureusement pour les passionnés, la qualité de montage
de ces modèles déclina rapidement et cette gamme ne résista
pas un siècle (jeu de mots intraduisible en français utilisant
le mot Century dans le texte anglais). Mais grâce à Monsieur
Lang, AMR travaillait pour l'industrie allemande et fabriqua plusieurs
modèles promotionnels en particulier pour Ford et Mercedes.
Professionnellement les choses allaient donc bon train, sur un plan financier
c'était une autre histoire : le tonneau semblait sans fond. Pour
AMR comme pour la famille Ruf, "les fins de mois étaient difficiles,
surtout les trente derniers jours" (copyright Coluche). Ainsi en
1987 les époux Ruf commencèrent-ils à envisager sérieusement
de vendre leurs deux enfants,
Magali et Antony. Afin
qu'ils puissent continuer leurs études et pour leur éviter
un destin digne de celui des héros d'un roman d'Emile Zola, André-Marie
Ruf proposa à Monsieur Lang d'acheter AMR pour un franc symbolique.
Voilà comment ces enfants ont échappé à l'esclavage
!
Le nouveau propriétaire d'AMR remit les compteurs à zéro
et investit pour permettre à la société AMR de continuer.
Cette collaboration avec un des leaders actuels du modèle industriel
permit d'embaucher de nouveaux monteurs dont Olivier Thuet qui collabora
plus tard avec Le Mans Miniatures. Oui, André-Marie Ruf n'était
plus le chef mais la relation avec Lang était cordiale. Avec la
popularité croissante du "die-cast", ce dernier lança
la marque Max Models (Sauber Mercedes C9 et C11). Ces modèles fabriqués
en Chine étaient extrêmement profitables. Bien plus que ceux
produits par un artisan français. Businessman avant tout, de plus
en plus impliqué dans la sphère industrielle, Lang décida
de vendre AMR. Aucun des repreneurs potentiels ne sortit le chéquier.
Et en Décembre 1992, la vie des époux Ruf s'écroula
en moins d'une heure. Alors qu'ils avaient commencé à travailler
vers 8 heures du matin, à 9 heures ils étaient virés
sans pouvoir récupérer leurs affaires personnelles. Mise
à la porte express n'est-ce pas ? Quelles qu'aient été
les raisons, la méthode reste contestable.
Mieux,
ce ne serait pas supportable
Le Noël de 1992 ne fut pas joyeux chez les Ruf, mais j'entends encore
rire les Dieux des modèles réduits,
certains concurrents (et certains salariés qui n'hésitèrent
pas à trahir ceux qui leur avaient donné un emploi. Ceux-là
même qui après avoir enterré prématurément
AMR prétendent aujourd'hui en être les héritiers -
mise à jour 2004 - NDLR).
Malgré le soutien de son épouse, de ses enfants, de
certains de ses ex-salariés et de la plupart de ses clients, André-Marie
Ruf était presque mort. J'admets qu'on puisse détester quelqu'un.
Pourtant je ne comprends
pas qu'on puisse se réjouir de tels évènements. Comment
vous sentiriez-vous si après avoir vendu une société
pour laquelle vous avez travaillé durement afin d'en faire une
référence et subvenir aux besoins de votre famille, vous
soyez renvoyé de la dite société ? C'est peut-être
un excès de romantisme à la française, mais décembre
1992 a causé un traumatisme irréparable pour ceux qui avaient
dédié leur vie à leur passion. Je peux jurer sur
la bible Four Small Wheels que jamais ils ne travaillèrent pour
amasser de l'argent. D'accord André-Marie Ruf avait beaucoup de
défauts, mais il n'était pas avare. Pour lui l'argent était
un moyen de vivre confortablement et servait surtout à savourer
de la bonne musique, du bon vin et à acheter des cigarettes.
Mais assez de romantisme,
retournons à la saga !
Parmi les spectateurs de la chute d'André-Marie Ruf se trouvait
un monsieur qui transformait des kits AMR pour en faire des versions avec
portes et capots ouvrants, intérieur cuir etc. Il tenait enfin
l'opportunité de devenir fabricant. Il y avait 17 ans d'expérience
et de réputation certes controversées mais indiscutablement
établies à récupérer à moindre coût.
André-Marie Ruf, légèrement crédule et craignant
l'arrivée des huissiers à son domicile (il a toujours vécu
à crédit) créa une nouvelle société
avec ce personnage. En février 1993, Le Phoenix prenait son envol
avec la quasi totalité de l'effectif d'AMR. Mais trop vite, la
jolie mariée devint une épouse acariâtre. Convaincu
que le compromis est réservé aux politiciens, André-Marie
Ruf quitte Le Phoenix accompagné de Michel Crocquefere peu après
que Marie-Caude Ruf ait été renvoyée.
Libre enfin
Tout le monde pensait être enfin débarassé d'AMR.
Les Dieux des modèles réduits détournèrent
donc leurs yeux d'André-Marie Ruf. Profitant de cette trêve,
il se prit à réver : "Un jour j'aurai du succès
à nouveau, un jour tous les fabricants de kits marcheront la main
dans la main. Et Dieu Merci, je serai libre enfin ! Libre enfin".
Soutenu et bien conseillé par ses amis et son épouse, il
crée en 1994 "André-Marie Ruf modèles réduits"
et recommençe à travailler avec passion dans la sombre cave
de la maison familiale avec Michel Crocquefere. Son fils et Mike Alan
Craig, un jeune écossais (premiers modèles Plan X-43 puis
Piranha Models et gendre d'André-Marie et Marie-Claude NDLR) les
rejoignent le temps de créer avec eux une gamme de modèles
montés au 1/32ème d'autos françaises populaires nommée
''Comme Papa''. L'idée était de lutter contre la production
de masse et de re-créer le plaisir de collectionner des modèles
montés artisanaux. Ils n'y sont pas parvenus, cette gamme a été
un échec. Merci à ceux qui ont acheté la 4CV, la
DS et l'Alpine A110 en version standard et dans sa série limitée.
Oui des erreurs furent commises, mais le modèle réduit artisanal
est plus un art qu'une science. Controversé mais réputé
(je ne vois pas d'autres raisons pour expliquer les nombreux surmoulages)
le travail d'André-Marie Ruf reste une référence.
C'est une preuve supplémentaire de la pertinence de l'adage affirmant
qu'il n'y a pas de controverses autour des gens ordinaires.
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Trois sport-protos
représentatifs de la production de kit des années
80.
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1984,
un fourgon Renault et une California SWB marquent le retour d'AMR
sur la scène du factory built. |
La
203 factory built célébrant les 10 premières
années d'AMR est une rareté. Seulement 49 collectionneurs
ont répondu à la souscription lançée
en 1985. Les faussaires se régalent parait-il ...
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Le
coffret 30 ans de la Jaguar E n'a pas eu le succès
des coffrets Ferrari ''Vainqueur du Mans'' AMR et ''40 ans
de Ferrari'' Annecy Miniatures. Dommage.

André-Marie Ruf ne se sentait pas en liberté
à l'époque de Le Phenix.
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aout 1994. Michel Crocquefere et André-Marie Ruf, fiers
de présenter le premier kit de la nouvelle société
André-Marie Ruf logée dans la cave de la maison
de la famille Ruf à Grisy-Suisnes. |
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